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Cluny : l'ordre qui a couvert l'Europe avant Cîteaux
Chevalier Georges · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Cluny : l'ordre qui a couvert l'Europe avant Cîteaux

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Charte de fondation du 11 septembre 909 ou 910 ; apogée sous Odilon (994-1049), Hugues de Semur (1049-1109) et Pierre le Vénérable (1122-1156) ; plus de mille maisons en Occident ; commende après 1516, suppression en 1790, démolition de l'abbatiale à partir de 1798

En donnant un domaine du Mâconnais « aux apôtres Pierre et Paul », Guillaume le Pieux soustrait une abbaye à tout pouvoir terrestre, roi et évêque compris : de cette clause sortira le plus grand réseau monastique du Moyen Âge, mille maisons de l'Écosse à la Castille, gouvernées par six abbés en deux siècles. Cluny y installe une liturgie de cent trente-huit psaumes par jour, invente la fête des Morts, soutient la paix de Dieu et bâtit la plus grande église de la chrétienté avant Saint-Pierre de Rome. Le parcours va du Jura de Bernon au Brionnais des abbés, des filles aînées d'Auvergne aux prieurés d'Espagne et de Suisse — et finit devant le huitième d'abbatiale qui reste debout à Cluny.

La charte de Bourges

Le 11 septembre 909 ou 910 — la date de l'année est discutée, l'acte étant daté de façon ambiguë —, Guillaume, comte de Mâcon, duc d'Aquitaine et comte d'Auvergne, que ses contemporains appellent le Pieux, fait rédiger à Bourges une donation. Il cède « aux apôtres Pierre et Paul », c'est-à-dire à l'Église de Rome, un domaine du Mâconnais nommé Cluny, avec ses serfs, ses vignes, ses moulins et ses eaux, pour qu'on y bâtisse un monastère de douze moines vivant sous la règle de saint Benoît. Il y joint une clause qui change tout : les moines réunis en ce lieu, dit la charte, « ne seront soumis au joug d'aucune puissance terrestre, pas même la nôtre, ni à celle de nos parents, ni à celle de la majesté royale » ; ils éliront librement leur abbé. En un temps où les monastères sont des biens de famille que les seigneurs donnent en bénéfice à leurs fidèles, ce refus est une arme, et le donateur le sait : il demande en échange qu'on prie pour son âme, sans cesse, « avec une volonté profonde et une ardeur totale ».

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